dimanche 14 mars 2010

« Les Chèvres du Pentagone »



Prendre une caméra, demander à ses amis de dire des conneries en ayant un, deux, voire bien plus, coups dans le nez. Essayer de trouver des parallèles parmi le flot inconsistant et sans logique effective de ce qui caractérise un délire afin d’en faire un scénario. Rajouter un budget hollywoodien, remplacer ses copains de comptoirs miteux du PMU du village par des stars planétaires. Sortir dans toutes les salles de France, et d’autres, « Les chèvres du Pentagone »… Voilà, à mon avis, l’humble travail de Grant Heslov, l’inconnu notoire du cinéma américain, surfant sur la vague des frères Cœn, faisant, elle, tant de ravages sur son passage.

S’il y’a quelque chose d’agaçant dans toutes les formes d’art, c’est bien la copie, entendue la tentation compulsive d’un artiste à reproduire le style d’un autre. Grant Heslov excelle dans ce domaine.

Voilà ce que l’on peut objectivement tous se dire à la fin du film, mais si nos amis étaient Georges Clooney et Erwan McGregor, et qu’ils jouaient aussi naturellement l’injouable, nous resterions trois jours le sourire aux lèvres. On nous offre finalement un moment rafraîchissant, nous transmet une bonhomie délicieuse et nous restons scotchés à ce qui aurait pu nous faire fuir dès les premières minutes. Si l’absurde nous tient en haleine, l’excès d’incongruité, les frères Cœn en firent les frais avec « A Serious Man » taxé d’égoïste, nous laisse patois. Dans la sombre salle de cinéma où les rires se font plus rares le film allant sur sa fin, chacun se demande où diable l’on veut en venir. La fin en apothéose, pour ne pas trop en dire, est bien évidemment dans l’esprit du film tout entier, mais donne un goût désagréable dans la bouche d’un spectacle qui nous a finalement vendu qu’un simple délire. On tente de croiser un regard qui nous offrirait une demi-seconde de soutien, un regard qui nous dirait : « Non, tu n’es pas seul ».

Admettons, malgré être la pâle copie d’un « Burn After Reading » où l’on y ajoute un peu de LSD et deux-trois chèvres afin d’en alléger le ton (déjà bien léger), « Les Chèvres du Pentagone » trouve tout son intérêt dans la qualité de son humour, bien qu’il n’ait rien de plus subjectif que d’en juger, et le talent de son casting (notamment, pour en revenir à eux, du duo Clooney-McGregor auquel on ne peut rien reprocher). On s’étonne à rire autant et, une fois sorti du cinéma, on s’esclaffe les mains tendues vers le ciel « Ah ! Ils sont vraiment marrants ces frères Cœn ! ».

Qui ca ?

vendredi 12 mars 2010

« La Rafle »



La Shoah représente un terreau idéal à la compassion.

Comment ne pas finir la larme à l’œil devant un film relatant une période si sombre d’une France pas si vieille que cela ? Ce film pose deux questions des plus intéressantes: d’une part, comment le régime de Vichy a t’il pu se donner tant de mal à une tâche tout ce qu’il y’a plus de plus inhumaine, mais surtout, quel est le rôle du cinéma quant il s’attele au docu-fiction ? Cette larme qui ronge quelque peu le coin de mon globe oculaire serait-elle absente ou moins tenace devant un témoignage, un documentaire ou encore des images d’archives relatants des mêmes faits ? Que doit apporter en plus le cinéma ?

Roselyne Bosch – point d’humour facile je vous prie – a apparemment décidé de ne pas répondre à cette question. Quand « La vie est belle » ou « La liste de Schindler » (nous ne parlerons peut-être pas d’« Inglourious Basterds », restons un tant soit peu dignes) nous font croire que l’on peut jongler entre Histoire et fiction de la plus belle des façons, « La Rafle » nous rappelle cruellement à la réalité. Il aurait peut-être fallu, sur un principe de forme, faire des choix différents de casting: Mélanie Laurent n’est décidemment pas
l’option idéale, elle n’est qu’éreintante de mollesse, subit le rôle pendant deux heures à notre plus grand désespoir. Je soupçonne même une partie de ma larme lui être toute dévouée, expression supposée de mon incompréhension et de ma compassion. Gad El Maleh, à notre plus grande stupéfaction, intègre parfaitement le rôle de la plus naturelle des façons, mais l’on peut reprocher à Bosch de ne pas s’être assez servie de ce potentiel de fraîcheur, l’acteur étant finalement moins présent qu’on eut pu le penser.

La jolie ribambelle de gamins, tous plus mignons les uns que les autres, frôle le compassionnel abusif: n’ avons nous pas aussi le droit de pleurer la destinée tragique de laids ? Ce désir compulsif de Roselyne Bosch, agaçant et surtout inutile, de vouloir tout rendre agréable à l’œil, de rendre les relations familiales et sociales comme autant de fêtes quotidiennes de la vie, freine la dynamique du film et joue malhonnêtement avec l’émotion grand-publique. Nous noterons tout de même la leçon de jeu donnée par Hugo Leverdez, qui porte le film sur ses tous jeunes épaules, et dont certains auraient beaucoup à apprendre.

Ce serait par contre vous mentir que de prétendre ne pas avoir été ému, mais ne peut-on pas que s’émouvoir du sort de 13 000 juifs amassés au Vel’ d’Hiv' puis déportés dans différents camps d’extermination, et du courage véridique de l’existant Jo Weismann ? On sort partagé entre le sentiment sain de tristesse éducative et celui d’être tombé dans un traquenard émouvant habilement tendu. On déplorera aussi le peu d’informations explicites ou implicites sur les faits proprement historiques, que devrait nous ouvrir la fin de la croyance résistancialiste gaullienne ou, pire, négationniste .

jeudi 11 mars 2010

« The Ghost-Writer »



Polanski, baignant dans un scandale depuis plus de 30ans, a-t-il réalisé ce film comme Erwan McGregor scrutant à la fenêtre d’hypothétiques poursuivants ? Choper un bon bouquin de Robert Harris, y ajouter un casting-star, un budget confortable, soupoudrer le tout de décors magnifiques et ajouter enfin une pincée de musique des thrillers des années 70, la recette Polanski semblait en soit efficace.

Elle ne fait pourtant que sembler l’être.

Le film est on ne peut plus décevant: Erwan McGregor ne parvient pas à se détacher de cette forme d’ingénuité qui le poursuit, sorte de Mélanie Laurent à la british. On passe une bonne partie du film à souhaiter passer de l’autre côté de l’écran, le secouer un bon coup et revenir au chaud dans notre siège de velours rouge. Pierce Brosnan, dans l’ex Premier ministre au cœur d’un scandale national, range son arme dans le tiroir et met une cravate, mais reste toujours le James Bond froid et infaillible qu’il fut longtemps. On prétextait une démonstration des ficelles de l’exercice politique, encore aurait-il fallu y voir des hommes politiques.

La partie politique de la dénomination usuelle du « thriller politique » est réellement faible, et on sort du film en ne se disant rien de plus qu’en venant: le monde politique est fait d’arrangements, de billets verts passés sous le bureau, d’amitiés douteuses, certes, mais le film, s’il tente maladroitement de nous le mettre en scène, ne nous l’apprend pas.

L’aspect thriller est quant à lui plus solide, et on se prend facilement au jeu. On rentre immédiatement dans l’ambiance et dans la thématique du film, mais Polanski prend malheureusement la mauvaise habitude de tomber dans l’hypertrophie, dans la facile théorie du complot, dans la légèreté du « mal est partout »: tous ceux qui comprennent un tant soit peu quelque chose sont éliminés, les Etats-Unis ont la main mise sur les politiques occidentales, le CIA est infiltré un peu de partout.

Si l’on avait su nous convaincre avec une trame, des rebondissements et des indices plus excitants et plus réfléchis, si l’on nous avait épargné cette fin minable teintée de morale complaisante, peut-être aurions nous eu l’impression d’avoir signé pour du Polanski, et non du Michæl Moore .

mercredi 10 mars 2010

« Avatar »



L’emballage vaut autant que le contenu, on ne peut séparer le fond de la forme, l’essentiel c’est la façon de présenter ce qu’on dit et non le propos en lui-même. On nous a toujours répéter ces maximes niaisardes, mais le papier cadeau visuel entourant « Avatar », ces effets spéciaux, cette qualité d’image, cette précision dans le mouvement, nous permettent-ils d’oublier tout le reste ? Qu’en a pensé le grand enfant qui sommeille en chacun de nous quand chacun lui avait prédit un noël fabuleux, un noël que les lutins de James Cameron avait préparé pendant 10ans, que ces mêmes lutins étaient censés avoir révolutionné le monde de la grande distribution festive, pour trouver au fond de la boîte, emballé pourtant dans un papier si fin et précieux, une misérable poignée de playmobiles bleus en string de bambou…

Si Lénine avait fait la révolution comme la fit Cameron dans le cinéma, l’Histoire aurait été bien différente…

Peut-on pardonner un scénario poussif et compassif sous prétexte que tout le reste soit irréprochable ? On ne peut objectivement rien reprocher, si l’on fait l’effort de mettre de côté toute critique sur le grand-publissisme d’un film qui fit 2,6 milliards de dollars de profit, quant à la qualité visuelle d’« Avatar ». L’univers créé par James Cameron est réellement magnifique, et chacun muni de sa paire de lunettes 3D ne peut éthiquement se plaindre de quoi que ce soit: Le monde de Pandora est simplement sublime. Mais le sublime visuel ne doit pas être le seul ressort d’un film, il manque forcement une trame pour nous tenir en haleine. Le scénario manichéen mettant en scène un panel de personnages réunissant les plus communs généraux d’armée violents et bellicistes, anciens militaires infirmes, belles sauvages renversants toute l’idéologie occidentale, capitaliste et empiriste, flotte un peu dans une ambiance enfantine d’un « Pocahontas » remasterisé.

« Avatar » devait être un manifeste écologique révolutionnant le monde vieillot du cinéma, mais ne présente finalement qu’un essai artistique réussi, choisissant malheureusement un contexte fictif absurde et maladroit .

lundi 8 mars 2010

« Gainsbourg - (vie héroïque) »



Il ne peut être chose aisée que de raconter la vie d’une figure immanente de notre (contre-) culture française, tel que le fut feu Serge Gainsbourg. Le fardeau est étrangement porté par un grand nom de la Bande-dessinée, l’auteur de la magnifique série « Le chat du Rabbin » ou encore travaillant avec les pas moins grands Lewis Trondheim et Manu Larcenet dans la série « Donjon », j’eu nommé Joann Sfar. Délaissant la plume au profit de la caméra, Sfar ne succomba pourtant pas à la tentation fréquente dans ce genre d’exercice de renier son univers propre, celui du conte fantastique, et tellement poétique. Comment jouer avec l’irréel à travers un personnage tout ce qu’il y’a de plus réel ? Jongler entre Ginsburg, Gainsbourg et Gainsbarre, voila une tâche délicate…

Outre les performances impressionnantes d’une Laetitia Casta en Brigitte Bardot, d’une Anna Mouglalis dans le rôle de Juliette Gréco et surtout du presque inconnu Eric Elmosnino qui signe une prestation remarquable, en s’appropriant le bien difficile rôle principal, sans frôler une seule seconde le pâle simulacre; Outre les multiples clins d’œil amusants avec les participations de Philippe Katerine jouant un Boris Vian justement déjanté, de son comparse Ryad Sattouf interprétant la muse de Fréhel, de Sfar lui-même endossant le rôle de Brassens ou d’une France Gall qui ne plaira surement pas à son fan-club (Sara Forestier), ce qui impressionne surtout ici est l’intelligence du réalisateur, la « force tranquille » (pour voler l’image à une autre grande figure de ces années là ) de Sfar peignant avec la plus grande finesse ce qui n’apparaît a priori n’être qu’un amas confus, qu’un désordre sublime, significatif soit dit en passant des génies par définition déjantés. Mettre de l’ordre dans la vie de Gainsbourg afin d’éviter un scénario décousu fut, semble t-il, une des clés du film.

Pourtant Sfar joue encore de son sens du fantastique, sans dériver pour autant dans la facilité de la fiction. La « gueule », représentation bienvenue d’un Gainsbarre omniprésent et inséparable dans la vie de Gainsbourg, ne tombe pas dans l’absurde qu’aurait pu apporter ce grand Gainsbourg en papier-mâché aux traits physiques exacerbés, mais permet au contraire de mieux cerner le personnage. Il en est de même pour les représentations cartoonesques du juif ou de la tête de choux…

Evitant talentueusement la diabolisation ou l’apologie d’un personnage plus que controversé, Sfar le dépeint avec beaucoup d’affection, qu’il nous transmet admirablement, à travers un univers ne s’affranchissant pas totalement du conte dessiné, à notre plus grand plaisir .

mercredi 3 mars 2010

« Sherlock Holmes »



Nous ne soupçonnions pas une seule seconde que Sherlock Holmes pourrait graver son nom en lettres d’or dans l’Histoire du cinéma. Que Guy Ritchie y connaîtrait la consécration dans une carrière déjà honorable. Que le quatuor Jude Law, Rachel McAdams et Mark Strong menés par le Sherlockissime Robert Downey Jr. ( « Tonnerre sous les tropiques », « L’incroyable Hulk », « Iron Man »…), ne nous épateraient par leur jeux d’acteur. Que Sir Arthur Conan Doyle en personne applaudirai la relecture d’outre-tombes.

Nous avions profondément raison.

O Surprenante relecture, O surprenant Guy Ritchie ! Pourquoi deux mondes voués par leur confrontation à en créer un troisième génialissime se contentent-ils de créer une pâle copie de Disneyland ?

Quelle déception de voir un réalisateur si talentueux qui nous avait fait tellement rire dans sa description cynique du monde minable de la petite délinquance dans « Snatch » ou « Arnaque, crime et botanique », essayer de s’attaquer aux grands en n’arrachant que quelques poils de leurs crinières de lions: Sherlock Holmes, Sir Richie, n’est pas un délinquant de bas étage. Il méritait au contraire un accueil différent; choisir le ton grand public de l’explosion de barils de poudre entre deux combats sur un pont en construction, d’une course poursuite dans les rues d’une, il faut l’avouer, assez jolie ville de Londres de la fin du XIXème siècle, ou d’un insoutenable suspens quant à la survie de la gentille compagnie du bien trop gentil héros, ne fut pas là la preuve de la plus grande finesse.

Il faut cependant avouer que la farce laisse flotter en suspens quelques traits d’humour bien trouvés, que Robert Downey Jr est dans son rôle irréprochable et que la construction logique du raisonnement Holmésien à partir de très légers détails est assez fidèle à l’écrit de Doyle et donne tout son intérêt au film. De même, ce qui était d’ailleurs un de ses points forts dans ses précédents films, Ritchie s’applique toujours autant dans les scènes de combat, ayant même le talent de les rendre presque artistiques.

Chacun des personnages en sort donc avec deux-trois égratignures et une cheville tordue. Le spectateur, lui, avec dix euros de moins, deux heures gâchées consacrées à de bons détails baignés dans la niaiserie ambiante, et une furieuse envie de relire Conan Doyle pour oublier tout ca .

« Shutter Island »



On reconnaît souvent les plus grands réalisateurs par leur capacité à nous surprendre. Scorsese vient de redorer sa place dans la cour des grands. Je ne m’attendais pas à voir plus qu’un « Aviator », « Les infiltrés », « Gang of New-York » ou « Casino » en demandant fébrilement au guichet une place pour « Shutter Island ». Le scénario semblait en lui-même une rupture avec la bonhomie mafieuse de ses précédents long-métrages, mais seul le contexte me paraissait a priori apporter une touche nouvelle. Fini les ambiances jaunâtres d’une Amérique crapuleuse, nous irions dans la baie de Boston y trouver un peu de fraîcheur. Je croyais même la capacité de créateur d’ambiances oppressantes être une exclusivité Lynchéenne…

Le scénario concorde même étrangement avec ce renversement de situation, en passant du mielleux efficace à une fraîche angoisse réfléchie dans la carrière de Scorsese, tout en passant du polar morbide plutôt léger à une concordance de pensées inattendue entre nous-mêmes spectateurs et Léonardo Dicaprio dans le film. Outre le talent de réalisation, en nous étalant des images toutes plus belles les unes que les autres, en créant un monde fictif qui trouve toute sa beauté dans sa laideur effective, talent qui ne lui a jamais été réellement étranger ( la beauté de « Gang of New York » repose entièrement sur la saleté de l’univers qu’il dépeint ), Martin Scorsese nous offre quelque chose de plus inattendu et surtout bien plus rare: un sentiment de partage des mêmes syndromes pathologiques qu’un interné psychiatrique. Les mots peuvent sembler excessifs mais, bien qu’ayant droits aux clichés grand-publics usuels sur le monde psychiatrique, et notamment du mystique, mais tellement philosophe, interné terré au fond de sa cellule renversant tous les idéaux d’un Dicaprio a priori bien sûr de lui, Scorsese nous fait douter et nous pousse à croire que nous pourrions nous-même jouer ce rôle le plus naturellement du monde. C’est justement cette finesse de touche qui nous sépare d’un « Fight club » dérivant maladroitement vers le monde de la fiction: les clichés les plus poussés et le contexte fictif de l’histoire ne s’érigent pas en barrière à un sentiment de connivence étonnant avec le rôle de Teddy Daniels.

Nous sortons du cinéma avec les mêmes doutes

« I love you Phillip Morris »



« I love you Phillip Morris » ne laissait pas présager que du bon: une start-up bien américaine réunissant l’usine à navet John Requa– Glenn Ficarra avec le bien pensant Jim Carrey. De premier abord quelque peu reboutant." Les scénaristes de grands films de notre tout jeune siècle encore inapte à savoir les accueillir comme ils le mériteraient, tels « Bad Santa », « Les Looney Tunes passent à l’action » ou encore le mémorable « Comme chiens et chats », ont apparemment décidé de s’accorder quelque peu à leurs temps, et d’arrêter une plaisanterie qui tardait à trouver sa chute. Pour leurs premiers tâtonnements dans le monde de la réalisation, les deux acolytes décident, sans surprise, de donner le rôle principal à l’homme qui se lève un matin en ne sachant plus mentir, en ne sachant que dire oui ou en ayant les pouvoirs de Dieu. La collaboration aurait donc logiquement dû être désastreuse.

Surprenant dilemme pour le spectateur qui, quoi qu’on en dise, raffole de l’humour, du jeu de scène et du mimétisme de Jim Carrey, tout en ayant envi de voir un film et non un sketch. Qui est friand d’un Carrey sérieux et grave, avec toujours une pointe d’humour, comme il pu l’être dans « Eternal Sunshine of the Spotless Mind » sans mourir à petit feu devant « Le nombre 23 ». Suivre la vie tumultueuse de Steven Russel, un génie de l’évasion fou amoureux d’un Philip Morris ne sachant pas vraiment où se mettre dans un film où Russel prend toute la place, retranscription très réussie pour un Erwan McGregor tentant maladroitement de devenir calife à la place du calife pendant 1h30: il n’est alors qu’un appui de luxe à un Jim Carrey en pleine forme réussissant à passer d’un rire à une (relative) émotion. Le montage joue d’ailleurs bien de ces dualités réalité/mensonge, banalité/extravagance, évasion/capture.

De multiples couples de contraires s’affrontant et se chevauchant avec humour à travers une coupe au couteau plutôt réussie .


samedi 27 février 2010

[ Petit Aparté contre un Petit Apartheid ]


Quittons le sujet, juste pour le plaisir.


Sarkozy, notre (très) « petit père du peuple » à nous


Quelle image attendrissante que de voir notre chef d’Etat prendre tour à tour sur ses puissants genoux onze français larmoyants dépassés par leurs problèmes quotidiens. Leur caresser tendrement le crâne, leur sussurer que tout ira bien, que papa s’occupe de tout et qu’il réglera le compte au vilain camarade de classe qui leur à tour à tour voler leur goûter. On ne peut que se laisser baigner par cette douce, mais ferme, voix qui semble capable de tout. N’avons nous pas tous une image héroïque de notre cher paternel ? Une toute jeune Union soviétique usait elle aussi de cette image bienfaisante du paternel proche du peuple, Staline aimait lui aussi entrenir ce contact avec une population émerveillée. L’URSS un Etat totalitaire?

Presse et opposition se sont empressées ce matin de crier au non respect du partage du temps de parole, à la démagogie et au mensonge. Autant toujours s’étonner de l’alunissage d’Armstrong, nous n’apprendrions rien de nouveau. Mais comment ne pas s’offusquer de ce simulacre scandaleux de débat public, à croire que TF1 cherchait à ricaner bêtement de Peillon se révoltant une semaine trop tôt. Comment est-il possible de concevoir d’offrir une telle tribune à l’UMP, au détriment de toutes les autres forces politiques, à moins d’un mois des tant attendues régionales ? Car cette organisation, sous un semblant de place publique athénienne où chacun pouvait converser, n’est rien d’autre que purement antidémocratique: chaque opposant éphémère au président se plaçait inéluctablement, au moins pour l’opinion publique, comme chef de l’opposition momentanée. Or, cette opposition d’un moment décisif était forcement incapable de tenir tête, de démentir et de tenir un discours politique solide face à Sarkozy. Chaque citoyen n’a ni la culture, ni la connaissance, l’habilité politique et le talent d’orateur que seul des cadres de l’opposition, qui ont derrière eux toute une équipe, peuvent avoir. Un seul de ces onze français entretenait-il l’espoir de démontrer la passivité, la mauvaise politique du gouvernement? Certainement pas, chacun a déclaré avoir quitté le plateau ravi, les yeux pleins d’étoiles. Nous l’aurions tous été, sortis de nos provinces pour rencontrer l’omni-président que l’on voit de partout. Notre plus grand espoir (et de fait notre plus grande déception), Pierre Le Ménahes, un syndicaliste de la CGT, est en passe de devenir une star pour avoir osé interrompre le Président. Pernaut s’est lui-même chargé de ,pas ne laisser déborder les invités mais ne s’est pas risqué à couper la parole à Sarkozy. Peut-être devrions créer une milice politique pour empêcher ce genre de petits dérangements…

Mais le tableau n’en est par pour autant tâché, l’UMP marque bien évidemment des points capitaux. Le gouvernement semble en effet avoir tout prévu et aucune question ne se retrouve sans réponse: les craintes des français se trouvent toutes apaisées. On ne peut qu’en conclure que le parti fait de grandes choses et qu’il n’est pas besoin de le sanctionner, que l’opposition n’a rien à faire au pouvoir, puisque si bien maîtrisé. Vous me direz, à juste titre, que c’est la conclusion que l’on peut tirer à chaque fin de discours de l’un des représentants de l’UMP, sauf que ceux-ci ne feignent pas le débat public, le dialogue qui suppose forcement une opposition, au moins deux doctrines, deux politiques, deux leaders. Imagineriez-vous un débat sur la première chaîne d’Europe où Hollande, Lepen, Besancenot et Cohn-Bendit sortiraient tous ravis et convaincus par l’action politique de Sarkozy ?

Pourtant, au plus grand malheur de l’opposition, c’est ce qu’en concluront une grande majorité de la doxa